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Un point de vue nuancé sur la péri-implantite

by: Dr. Stefan Holst

L'un des scientifiques les plus référencés en matière d'implantologie dentaire, le Professeur Tomas Albrektsson, s'inquiète de l'attitude des praticiens qui alarment leurs patients en diagnostiquant des péri-implantites alors qu'il ne s'agit que de perte osseuse marginale bénigne autour des implants. Lors d'une récente visite à Zurich, en Suisse, il a répondu sur ce sujet aux questions du Dr. Stefan Holst, vice-président de Nobel Biocare, département Systèmes implantaires et Recherche.

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L'un des scientifiques les plus référencés en matière d'implantologie dentaire:
le Professeur Tomas Albrektsson

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Dr Stefan Holst: La péri-implantite est actuellement un sujet de conversation très répandu lors des différents événements et congrès. Est-ce que la nature de ces discussions est bénéfique pour la communauté de l'implantologie, ou pourrait-elle constituer une menace pour notre réputation?

Prof. Albrektsson: Lorsqu'un raisonnement biologique incorrect est énoncé, cela constitue toujours une menace. Si l'on examine les résultats cliniques des études à long terme, ils sont nettement plus positifs que de nombreux résultats dont nous entendons parler ou que nous lisons. Je suis très critique à ce sujet. On crée en fait un problème avec des choses qui ne sont pas si problématiques.

La fréquence des péri-implantites a été fortement exagérée dans la littérature. Toutes les pertes osseuses qui ont lieu la première année ne sont absolument pas des péri-implantites.

Nous voyons des remodelages osseux et des pertes osseuses pour des raisons très différentes. Cette perte osseuse est bénigne, car elle ne menace pas l'implant.

Ensuite, nous avons une pathologie, appelée péri-implantite, qui, lorsque les implants sont placés de manière contrôlée par des personnes dûment formées, est une pathologie rare, mais pourtant d'une réelle importance. 1 à 2 % des implants modernes contrôlés montrent des signes clairs de maladie après 10 ans ou plus de suivi; nous ne pouvons donc pas ignorer cette pathologie. Mais nous ne sommes pas aidés par l'exagération des chiffres. Il existe 13 définitions différentes de la péri-implantite. Et l'on peut se trouver dans un cas qui ne répond pas à la grande majorité de celles-ci.

Holst: Comment un praticien peut-il déterminer si la perte osseuse est une réaction physiologique naturelle ou si elle est causée par une maladie?

Albrektsson: Du point de vue du praticien, il faut examiner sérieusement chaque type de perte osseuse marginale, même si la grande majorité des implants avec une légère perte osseuse ne développeront jamais de péri-implantite. Le problème, c'est qu'on ne sait pas lesquels le feront.

Par exemple, une des raisons menant à une perte osseuse, ce sont les résidus de ciment dans les tissus mous. Si vous les enlevez à temps, la perte osseuse s'arrête. L'implant peut fonctionner sans problème, pour le reste de sa vie. Mais si les résidus de ciment restent là pendant 10, 15 ou 20 ans, vous vous exposez à une péri- implantite, avec ce même implant.

Un praticien doit toujours agir lorsqu'il constate une perte osseuse marginale, ou plutôt ses prémices, appelées mucosite. La mucosite est seulement le premier signe d'une réaction immunologique ; il s'agit uniquement d'un problème immunologique, mais qui malheureusement n'est pas compris par de nombreux collègues.

Holst: Des études récentes réalisées dans la population suédoise laissent entendre que la marque de l'implant joue un rôle dans la péri-implantite. N'est-ce pas induire en erreur alors qu'autant de facteurs influencent les résultats du traitement?

Albrektsson: De nombreux chiffres communiqués, que ce soit ceux de la récente publication suédoise ou d'autres, ne sont malheureusement pas réalistes. Ils reflètent les définitions les plus libres que l'on puisse trouver de ce que l'on appelle une pathologie, mais en réalité, ce n'est pas ça du tout.

Nos propres études sur le suivi à long terme des implants ont très clairement montré un faible pourcentage d'implants, entre 1 % et 2 %, touché par une péri-implantite ; ce pourcentage est semblable pour tous les systèmes implantaires, qu'il s'agisse des grandes marques disponibles sur le marché ou des autres.

Mais les systèmes implantaires qui disent être semblables aux autres implants documentés, et ne publient donc pas de documentation spécifique, ne sont pas fiables. Les praticiens doivent choisir un système implantaire qui est documenté et qui a été publié dans une revue spécialisée. S'il n'y a rien, n'achetez pas. N'oubliez jamais qu'acheter un implant bon marché qui n'est pas documenté peut s'avérer très cher.

Holst: D'après votre expérience clinique, quels sont les facteurs qui jouent un rôle?

Albrektsson: Ce sont les complications du traitement qui provoquent une perte osseuse. Nous appelons cela la "triade des mauvais". Premièrement, il y a les mauvais systèmes implantaires. Comme je l'ai déjà dit, il en existe et ils sont généralement vendus à bas prix. À nouveau, il faut éviter ces systèmes implantaires.

Deuxièmement, il y a une mauvaise prise en charge clinique par des praticiens qui ne sont pas suffisamment compétents. Enfin, il y a ce que nous pouvons appeler les « mauvais patients », ces patients qui sont difficiles à traiter. Voilà quelles sont les causes de la perte osseuse qui, dans certains, mais rares cas, peuvent conduire à long terme à une péri-implantite, même si dans la plupart des cas, il n'y aura aucune conséquence.

Holst: Donc, que pouvons-nous faire, en tant que professionnels de l'implant dentaire, pour empêcher la prolifération de cette désinformation au sujet des péri-implantites?

Albrektsson: Je suis de plus en plus irrité quand j'entends les gens parler de pathologie à propos d'une perte osseuse bénigne. Ces gens-là doivent lire les comptes-rendus des nouvelles recherches et se rendre compte qu'ils se trompent.

Et la profession doit, unanimement, protester contre les rapports alarmants de manière beaucoup plus appuyée que ce qui s'est fait jusqu'à présent. Mais en même temps, nous devons bien sûr continuer à nous occuper très sérieusement des patients. Nous ne pouvons pas ignorer la perte osseuse, même si elle s'avère bénigne. Nous devons être actifs en permanence et travailler au mieux pour nos patients.

 

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